Je ne suis pas contre l'IA, loin de là. Je m'en sers tous les jours pour travailler.
On n'entend plus parler que d'elle. Il y a l'IA "silencieuse", celle qui nous accompagne depuis des années sans qu'on y prête attention. Son entrée fracassante dans le quotidien, elle, date d'OpenAI et de son chatbot ChatGPT.
Le concept d'agent IA, au sens académique et informatique, est bien plus ancien que celui de skill. Ce dernier, tel qu'on l'entend aujourd'hui, appartient à l'écosystème des LLM (les grands modèles de langage, comme ceux qui font tourner ChatGPT). Dans l'histoire récente de l'IA générative (2022-2026), les skills sont arrivés en premier. Puis est venue la grande mode du moment : l'agent IA, avec la promesse de travailler à notre place.
Skill ou agent, quelle différence ?
Tout tient à l'autonomie. Un skill est un outil spécialisé, exécuté à la demande : une tâche précise que l'on apprend à l'IA à faire, sous la forme d'une consigne détaillée et réutilisable, et que l'on déclenche soi-même. Un agent est un système autonome : il raisonne, planifie et combine plusieurs skills pour atteindre un objectif complexe.
Côté skills, on met généralement en avant :
- La fiabilité et la précision : un comportement très prévisible, peu de risques d'erreur de raisonnement.
- La facilité d'intégration : rapide à développer, à tester, à brancher sur des systèmes existants via une API (l'interface qui permet à deux logiciels de se parler).
- Le faible coût : peu de tokens (les unités de texte que les modèles lisent et facturent) et peu de ressources de calcul.
Dans la colonne des défauts, on lit entre autres : dépendance humaine. Il faut toujours quelqu'un (ou un agent) pour décider quand et comment l'exécuter.
Pour les agents, les avantages cités sont :
- Une autonomie élevée : ils savent résoudre un problème ouvert en le découpant en sous-objectifs.
- De la polyvalence : ils enchaînent plusieurs outils et ajustent leur stratégie quand une étape échoue.
- Un gain de temps massif : des enchaînements de tâches complexes (workflows) pris en charge de bout en bout, sans intervention humaine entre deux.
Le défaut que je compte comme une qualité
Ce besoin de supervision humaine que l'on reproche aux skills, je le vois au contraire comme un point positif. J'ai donc choisi, pour mon environnement de travail, de créer des skills plutôt que des agents IA.
Les skills me laissent la main sur mon code, et surtout sur son déploiement. Je vois ce qui est fait, je le lis, je valide chaque action. Je peux analyser et corriger plus facilement. Je maîtrise mon environnement.
Pour moi, le risque est là : ne pas savoir ce qui a été fait ni ce qui a été développé, devoir faire confiance au process. Avec, à la clé :
- me retrouver perdu au moindre bug ou à la moindre panne
- ne plus contrôler mes applications
- et le plus drôle, ne plus être capable de décrire mon code ni d'en discuter avec mes clients ou prospects
Ce que les techniciens ajoutent
D'autres défauts, plus techniques, reviennent souvent :
- Une instabilité possible : boucles infinies, dérives dans la planification (des hallucinations de logique : l'IA se trompe de raisonnement, avec aplomb).
- Un coût élevé : un appel au modèle à chaque étape de raisonnement, pas toujours justifié.
- Un audit compliqué : il devient difficile de retracer pourquoi l'agent a pris telle décision.
Et puis il y a le téléphone. Un client m'appelle pour un bug sur son site. Répondre "je ne sais pas trop, je dois regarder ce que mes agents IA ont pu faire" ne me semble pas tenable.
Une réflexion, pas une méthode à suivre
Ce billet ne cherche pas à montrer un chemin. Je n'ai pas la science infuse, et je ne me présente pas comme spécialiste de l'IA : j'apprends tous les jours, comme pour le reste de mon métier depuis 2000.
C'est simplement ma façon de travailler avec l'IA, et elle m'aide à optimiser mon travail sur de nombreux points. Les agents sont sans doute pertinents dans beaucoup de domaines. Il faut seulement bien digérer les notions pour faire des choix personnels, et ne pas se laisser dicter les siens par une vague qui nous emporte.